rêve (1)

ouvrir le coeur et confier à l’Invisible
ce qui y réside de plus précieux
la pierre brute qui dévoile sa brillance
lorsqu’elle est fracassée
et qu’elle se laisse couler
sous les rayons du soleil

je prends la vérité qui y vibre
la livre à l’Invisible
autour de moi, l’absence
le silence, j’ouvre à peine les lèvres
pour laisser passer un soupir
parfois empli de larmes
pudiques, de rires rencontrant les murs
donnant naissance à l’écho

le soupir
qui dévoile

l’espoir d’être reçue dans le monde
du Perceptible



La forme dorée se déploya par spasmes lumineux concentrés, dévoilant les contours d’une sphère ornée de pointes s’étirant en croix.

Elle continua de communiquer silencieusement au sein même de mon esprit, ajoutant à sa surface ce qui ressemblait vaguement à un visage souriant, croyant ainsi sans doute me rassurer.

En communion avec elle, mes yeux se fermaient et s’ouvraient en harmonie avec les signaux émis, permettant de les traduire en mots.

La forme me dit : Voici ce qu’est la vie, l’absence de mouvements entre l’ouverture et la fermeture de tes paupières. Comme la vague qui s’élève pour retomber sur un rivage, la vie est le passage.

*

La femme avait un air légèrement tiré vers le bas, qui se faisait sentir partout dans la pièce malgré la vivacité de ses mouvements, rapides et justes.

Elle m’offrit de m’asseoir, de m’installer à la table qu’elle avait mise en m’attendant. Les couverts blancs se détachent du bois de la table, du plancher, des murs, m’indiquant que la modernité arrivera ici en un coup de vent.

Et tout ce mode de vie se dissipera, et sa culture s’envolera, laissant par les gènes les traces confuses d’un caractère sauvage, indomptable. La notion de parenté s’évanouira, et l’on forcera aux générations à venir l’idée que le passé est à oublier. Et ce sera fait, et l’on plongera si profondément au sein de l’individualité que l’on se tuera peut-être lors de l’inévitable remontée.


Est-ce que ma présence vous gêne ? Je ne vous connais pas, et vous m’invitez à votre table.

Ne te demandes-tu pas ce que tu fais là?

Non, jamais. Je suis, et c’est presque tout ce que je sais faire. Dans le monde des rêves, cette nature d’observation et cette existence silencieuse sont exacerbées. Je n’y suis que rarement le point de focus de mon attention.

Je regarde la pièce, les images se superposent rapidement jusqu’à ce que mon corps s’élève vers le plafond, annonçant ainsi le signal d’un changement de dimension.

Je vais mourir. Je voulais observer un moment ma descendance.


Sa voix résonna en moi quelques secondes encore au réveil, comme une onde traversant le temps.

*


4 commentaires sur “rêve (1)”

        1. Tant qu’il y aura l’envie de magie, il y aura l’espoir d’être en vie. Que toutes les baguettes se lèvent pour faire entendre leurs mélodies !

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